Dieux de l’Olympe et enfant d’aujourd’hui : Naître à l’existence, de la naissance à trois ans

Couv_Dieux-Olympe

Par Linda Gandolfi

Extrait du livre Dieux de l’Olympe et enfants d’aujourd’hui

Les histoires de cas racontées dans ce livre sont vraies et fausses comme les récits des muses à Hésiode. Il nous a en effet paru très indiscret et peu respectueux de raconter les histoires que les parents sont venus nous confier avec beaucoup de vérité et de courage. Par conséquent, aucune n’est racontée telle quelle dans le texte.

En revanche, toutes ces bribes d’histoires emmêlées font d’autres histoires fictives celles-là et pourtant plus vraies que nature. L’intérêt est que chacun puisse s’y reconnaître, mais que personne en particulier n’y figure. Sur l’exploration de l’inconscient nous nous sommes également contentés de donner des pistes, chaque cas relevant d’une histoire par trop singulière.

Au départ, il n’y avait rien : un long néant indescriptible, vertigineux, puis « Chaos, l’abîme béant, naquit le tout premier », aussitôt suivi de « Gaïa, la terre au vaste sein, assise à jamais inébranlable de toutes choses » et enfin « Eros, le plus beau des Dieux immortels »6

Il y a effectivement dans toute existence un avant qu’on ignore et cette idée d’une antériorité mystérieuse laisse tout l’espace à l’imagination. Les mythes, à l’image de la création du monde d’Hésiode, parlent de l’apparition d’un premier élément : oeuf brisé, serpent, dragon, Dieu ou Déesse qui se dédouble ou se scinde, Chaos…, généralement suivi d’un principe organisateur, Eros, qui rassemble les morceaux en provoquant l’attirance sexuelle. La soupe originelle des physiciens ne dit pas autre chose : un magma né du big-bang avec des molécules qui s’attirent et se repoussent, premiers frottements à l’origine de la vie qui s’anime.

Dans la mythologie grecque, Gaïa, la terre mère engendre elle-même le principe masculin, Ouranos le ciel étoilé. Image mythique forte qui retrace le parcours initial ou initiatique de l’entrée dans l’existence de tout enfant qui s’extrait du corps de la mère. Cette première grande séparation entre la génitrice et sa descendance, cet arrachement aux entrailles maternelles est illustré par la séparation de Gaïa, la terre et d’Ouranos, le ciel.

On est bien là au coeur d’un mystère et d’une magie : il n’y a rien et neuf mois plus tard, il y a ce petit être incroyable qui surgit du néant. On l’aime déjà de toutes ses forces et il prend tant de place ! L’invention la plus extraordinaire ne supplantera jamais celle-là et nous sommes persuadés que le bébé éprouvette totalement fabriqué hors du sein maternel ne verra jamais le jour autrement que dans la tête de Frankenstein.

La plupart des femmes sont prêtes à tout pour vivre ce moment-là et peut-être éprouver ne serait-ce que le temps d’un éclair, la puissance inégalée d’avoir donné la vie. Et c’est par là aussi que les ennuis commencent ! Vous avez dit puissance ? Dolto appelait dyade — un joli terme —, ce moment de fusion incomparable et indispensable entre le nouveau-né et sa mère. Un moment fondateur qui prolonge l’état d’avant la séparation de manière à protéger l’enfant de la pression clivante de la réalité nouvelle du monde qui l’entoure. Brazelton parle avec justesse d’une enveloppe maternelle qui vient suppléer à l’enveloppe placentaire. Ainsi, dès sa naissance, le petit être baigne dans une atmosphère ouatée, traversée de temps en temps de cris stridents qui, étrangement, sortent de son propre corps.

Le monde qui se présente au nouveau-né est avant tout celui de maman dont il ne se sait pas séparé, même s’il en a, sans doute, l’intuition profonde. C’est avant tout un monde de sensations : le parfum détectable entre tous du fantôme maternel avec lequel il fait corps, la violence du liquide aspiré à grand renfort de succions, la caresse puissante des grandes pinces qui le manient, le bourdonnement des sons qui arrivent de toute part avec, de temps en temps, cette jolie musique si douce à l’oreille, la voix de maman.

Première injonction vitale : se nourrir, accepter de se laisser suspendre à la pomme laiteuse du sein maternel et mordre dans le fruit qui ne va pas tarder à devenir défendu. L’histoire originelle inlassablement se répète avec le même stratagème millénaire de l’interdit qui fait naître le désir. Mais pourquoi diable, Dieu a-t-il tout à coup mis sous le nez d’Adam et Ève un pommier avec des fruits interdits ? Pour qu’ils transgressent pardi ! Pas si simple, l’enfant n’a pas toujours envie de croquer la pomme. Il s’y prélasserait bien encore un peu dans ce jardin merveilleux. Autrement dit, l’enfant tète et quelquefois ne tète pas. Premières difficultés, premières angoisses. C’est dans la présence de la mère que l’enfant va aller puiser les forces de vivre, mais celle-ci n’est pas neutre. Elle arrive avec sa propre histoire et déjà les choses se compliquent. Les Dieux de l’Olympe ne sont pas toujours d’accord.

L’entrée dans le rythme du jour et de la nuit peut s’avérer fracassante. Qu’elles sont courtes les premières nuits du nourrisson et qu’ils sont stridents les cris qui traversent le silence du sommeil des parents. Les premières angoisses apparaissent avec l’entrée dans la temp-oralité, c’est-à-dire ce temps de l’oralité, première intériorisation du monde par les sens.

Puis il y aura les phases de détachement et d’autonomie qui signent l’éveil de la conscience de l’être à lui-même. Un premier parcours semé d’embûches, mais au cours duquel la personnalité entière de l’enfant se donne à voir. L’effet miroir est au maximum de son intensité.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>