Enfants Dys : vers qui se tourner pour les bilans ?

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Par Alain Pouhet

Extrait du livre Questions sur les Dys-. Des réponses

Avant la question QUI, il est impératif de se poser la question QUAND ! Il n’est pas question de proposer à tous des bilans longs, onéreux, fatigants. Il est logique et utile de proposer un bilan à un élève en difficultés graves et durables dans un ou plusieurs apprentissages après avoir mis en place des aides « habituelles », mais qui se sont avérées sans effets : l’élève progresse, mais insuffisamment voire stagne ou régresse. Quand l’écart se creuse avec le niveau moyen alors que l’enfant bénéficie d’aides, le bilan est nécessaire. Il est conseillé également de ne pas retarder le moment du bilan chez un élève motivé s’il y a des antécédents familiaux de dys-.

La question des bilans est primordiale puisque de leur qualité dépend certes la pose d’un diagnostic mais aussi la mise en évidence de la situation de handicap et les premières préconisations. Autant ne pas se tromper de professionnel.

De nombreux facteurs interviennent avant de choisir entre tel et tel professionnel :
• locaux, liés à la démographie des professionnels sur une région, aux formations, aux expériences et savoir-faire des acteurs locaux : quelle offre, quelle qualité d’intervention ? La situation est très contrastée sur le territoire français. C’est souvent les associations de parents qui connaissent le mieux les filières.
• financiers : quel est le remboursement par la Sécurité sociale ou quelle participation financière est possible de la part d’autres organismes ? Cela varie selon les professionnels et les différentes institutions.

En situation potentielle de dys-, l’évaluation impose :
• d’écarter une déficience intellectuelle ;
• de mesurer le niveau d’intensité, la sévérité, du handicap scolaire (trouble grave et durable, malgré les aides) ;
• d’écarter des diagnostics « non-dys- ».

Un abord neuropsychologique de la situation potentiellement dys-, partagé pluridisciplinairement, constitue aujourd’hui la façon la plus efficace d’affirmer une situation avérée de dys-. Il est indispensable de rencontrer le médecin expérimenté, le psychologue et le professionnel paramédical, le plus à même d’évaluer les symptômes scolaires.

Médecins et psychologues scolaires, membres du RASED, personnels du CMPP, orthophonistes en libéral sont donc la plupart du temps consultés en première intention, du fait de leur nombre, de leur proximité, d’un accès direct, de la gratuité ou du remboursement par la Sécurité sociale.

La prestation de service est loin d’être homogène, la garantie d’investigation fiable des troubles spécifiques des apprentissages consécutifs à des troubles cognitifs spécifiques reste de fait aléatoire, voire hypothétique.

Pour obtenir des bilans psychologiques, paramédicaux, médicaux sérieux permettant de prouver, ou de réfuter, un diagnostic de situation de dys- et de mettre en exergue une situation de handicap scolaire, on peut utilement interroger les associations de parents de dys- locales qui connaissent bien les acteurs du secteur formés au dys-, et surtout, ceux non formés aux dys-.

Ensuite, il faudra oeuvrer pour que ces différents professionnels collaborent. A minima, obtenir des comptes rendus écrits précis et explicites dont un médecin (bien au fait des pathologies dys-) pourra ensuite réaliser une synthèse.

Le psychologue est interpellé pour écarter la déficience intellectuelle et mettre en évidence l’hétérogénéité au sein des différentes fonctions cognitives : il propose donc les premières hypothèses diagnostiques.

Les professionnels de la rééducation ont un rôle double. D’une part établir les critères de sévérité et de durabilité, c’est-à-dire prouver (étayer) la situation de handicap. D’autre part participer à la confirmation des hypothèses, ou bien, les infirmer (diagnostics différentiels).

Il existe de nombreuses zones de recouvrement entre tous ces professionnels.

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Des professionnels différents, mais dont les champs de compétences se recoupent.

Orthophoniste : on le consulte pour les troubles du langage oral chez l’enfant (troubles articulatoires, retards de langage et de parole, dysphasie), les troubles du langage oral et écrit, les troubles du calcul, ces derniers pratiquement toujours sous le seul aspect – très réducteur – « logico mathématiques »…

Ergothérapie : étymologiquement rééducation, la réadaptation ou encore la réhabilitation, par l’activité (Ergon en grec). L’ergothérapeute prend en charge la rééducation des gestes, la coordination oeil-main, le spatial, la planification des actions… La compensation du handicap est au centre de leur pratique.

La psychomotricité mettant en avant la liaison du corps et de la psyché est très utile à l’enfant dys- en rapport au vécu corporel et psychique. Tous les psychomotriciens n’ont pas forcément le « savoir-faire » spécifique adapté aux troubles scolaires spécifiques des apprentissages de l’élève dys-.

L’orthoptiste est habilité au dépistage, à la rééducation, à la réadaptation et exploration fonctionnelle des troubles de la vision et de l’oculomotricité. Tous les orthoptistes n’ont pas forcément de connaissances spécifiques en neuro-vision (c’est-à-dire comment le cerveau traite l’information visuelle) qui intègre la reconnaissance gnosique visuelle, l’attention visuelle et visuospatiale, l’orientation du regard et l’exploration visuelle, l’analyse des données spatiales…

La psychologie s’intéresse aux rapports entre le comportement humain et la psyché, l’intellect. La neuro psychologie est la discipline qui traite spécifiquement des fonctions cognitives.

La graphothérapie s’intéresse précisément aux troubles graphomoteurs avec établissement d’un plan de rééducation adapté aux difficultés. Ce n’est pas une discipline paramédicale.
N.B. En libéral, seules les séances d’orthophonie et d’orthoptie sont prises en charge financièrement par l’assurance maladie.

Médecins : au-delà des médecins de l’Éducation nationale (qui devraient tous être des spécialistes des dys-), les médecins concernés par les dys- sont certains pédiatres ou neuropédiatres, psychiatres, neurologues ou encore des médecins MPR (médecine physique et réadaptation) comme votre serviteur, qui sont tous des autodidactes des dys- puisqu’aucune véritable formation n’est actuellement proposée dans le cursus des études médicales.

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